D921 : optimiser un axe ou affaiblir un territoire ?
Il est des décisions qui ne font pas de bruit.
On ne les vote pas en séance publique.
On ne les annonce pas en conférence de presse.
On les applique.
Puis on constate leurs effets.
La suppression du fléchage vers Chaudes-Aigues par la D921 relève de cette catégorie.
Un ajustement technique, dira-t-on.
Une optimisation de flux.
Mais derrière l’optimisation, il y a un territoire.
Une ligne sur une carte n’est pas neutre
Supprimer un fléchage, ce n’est pas seulement modifier une direction.
C’est retirer une visibilité.
C’est déplacer un flux.
C’est assécher une circulation.
Et dans un village rural, le passage n’est pas un détail.
C’est une ressource.
L’épisode des blocages ponctuels de l’A75 en décembre l’a montré avec une clarté presque brutale : lorsque le trafic revient sur les axes secondaires, l’activité revient immédiatement.
On peut parler d’exception.
On peut parler de circonstances.
Mais on ne peut pas ignorer la démonstration.
Sécurité : argument ou écran ?
Les données départementales d’accidentalité ne montrent pas de baisse globale permettant d’affirmer que la déviation vers l’A75 aurait produit une amélioration structurelle de la sécurité routière.
Sans étude spécifique sur la D921, invoquer la sécurité comme justification définitive relève davantage de l’argument que de la démonstration.
Une décision d’aménagement mérite des données précises.
À défaut, elle mérite au minimum un débat.
Transit lourd et circulation vivante : deux logiques distinctes
Dévier les poids lourds en transit sans desserte locale peut être cohérent.
Mais appliquer indistinctement cette logique aux véhicules particuliers, aux camping-cars et aux motos revient à traiter un territoire comme un simple corridor.
Or un territoire rural n’est pas un corridor.
Il est un espace de vie.
Les visiteurs qui traversent s’arrêtent.
Ils consomment.
Ils découvrent.
Ils participent à l’équilibre économique local.
Effacer un fléchage, c’est aussi effacer cette possibilité.
Mémoire des parcours : le précédent du chemin de Compostelle
L’histoire locale rappelle pourtant qu’il n’existe pas un seul chemin.
La voie hivernale du chemin de Saint-Jacques passait par Chaudes-Aigues lorsque les plateaux devenaient impraticables.
Ce patrimoine, encore trop peu reconnu, est détaillé ici :
https://www.cavd.fr/chaudes-aigues-chemin-compostelle-patrimoine-a-reconnaitre/
Deux itinéraires.
Deux réalités.
Une adaptation intelligente aux contraintes du terrain.
Pourquoi cette souplesse serait-elle devenue impossible aujourd’hui ?
Un territoire paisible, mais pas passif
Chaudes-Aigues n’est ni un détour inutile, ni une anomalie sur une carte.
C’est un village paisible et vivant, comme le rappelle cet article :
https://www.cavd.fr/chaudes-aigues-paisible-et-vivante-ce-que-lon-montre-ce-que-le-temps-revele/
Mais paisible ne signifie pas invisible.
Optimiser les flux ne peut pas signifier marginaliser les territoires.
Une décision sans parole
Aucune concertation formalisée.
Aucune information détaillée.
Aucune discussion publique.
Les panneaux ont disparu.
Or lorsque des décisions structurantes sont prises sans parole, elles finissent par produire de la défiance.
C’est précisément pour éviter cela qu’un espace de parole citoyenne a été proposé à l’échelle du village :
https://www.cavd.fr/ouvrir-un-espace-de-parole-citoyenne-a-lechelle-du-village/
Écouter avant d’appliquer.
Débattre avant d’effacer.
Ce n’est pas un luxe démocratique.
C’est une nécessité territoriale.
La question n’est pas technique. Elle est politique.
Il ne s’agit pas d’opposer autoroute et départementale.
Il s’agit de savoir si l’aménagement du territoire doit être pensé uniquement à l’échelle des flux rapides, ou aussi à l’échelle des villages traversés.
Un fléchage secondaire, la reconnaissance d’un itinéraire alternatif ou une communication institutionnelle assumée ne représenteraient qu’un ajustement limité.
Ce qui manque n’est pas le budget.
C’est la volonté.
Un territoire rural ne disparaît pas brutalement.
Il s’efface progressivement, décision après décision, optimisation après optimisation.
Et chaque effacement commence par un panneau que l’on retire sans en mesurer la portée.
Vers une pétition citoyenne : une étape logique
Depuis la publication de nos premières analyses sur la D921, les retours se multiplient.
Commerçants, restaurateurs, hébergeurs, habitants :
le constat est partagé. La suppression du fléchage a modifié les flux et réduit la visibilité du territoire.
Il ne s’agit pas d’une réaction isolée, mais d’une préoccupation collective.
Lorsque des décisions structurantes sont prises sans concertation formalisée, l’expression citoyenne devient un levier légitime.
C’est dans cet esprit qu’une pétition est en cours de réflexion.
Son objectif serait clair :
– demander une réévaluation officielle du fléchage de la D921,
– obtenir la publication d’une étude d’impact sur les flux et l’économie locale,
– ouvrir un débat public associant élus et acteurs du territoire,
– envisager la reconnaissance d’un itinéraire secondaire officiellement identifié.
Il ne s’agit pas d’un affrontement.
Il s’agit de cohérence territoriale.
La pétition ne serait pas un conflit.
Elle serait un acte démocratique.
Un rappel simple : les villages ne sont pas des variables d’ajustement.


