Moyenne montagne : pourquoi la mobilisation des agriculteurs nous concerne tous
En moyenne montagne, l’agriculture n’est pas un décor
La mobilisation des agriculteurs ne se comprend pas uniquement depuis les grands centres urbains. Elle se lit depuis les plateaux, les vallées, les fermes isolées et les exploitations d’élevage qui structurent encore les territoires de moyenne montagne. Ici, l’agriculture n’est pas un élément de paysage destiné aux brochures touristiques. Elle est une ossature économique, humaine et sociale. Quand elle vacille, ce sont des villages entiers qui fragilisent leur équilibre.
Chaudes-Aigues et les territoires qui tiennent encore
À Chaudes-Aigues comme dans beaucoup de communes rurales, on sait ce que signifie tenir. Tenir une activité, tenir une saison, tenir l’hiver, tenir un village vivant malgré la concentration des services, la pression administrative et la baisse continue des marges. L’agriculture fait partie de ces piliers silencieux. Lorsqu’elle se mobilise, ce n’est jamais par confort, mais parce que les conditions de travail et de transmission deviennent intenables.
Éleveurs d’Aubrac et de Salers, une réalité exigeante
Dans les territoires de moyenne montagne, l’élevage constitue l’essentiel de l’activité agricole. Les éleveurs de race Aubrac ou Salers travaillent avec des cycles longs, une forte dépendance au climat, des investissements lourds et une présence quotidienne indispensable. Ce sont des métiers sans pause réelle, où l’exigence sanitaire, environnementale et administrative s’ajoute à une charge physique déjà élevée. Pourtant, les revenus restent trop souvent déconnectés de l’effort fourni.
Des règles hors-sol et une concurrence déséquilibrée
On demande aux agriculteurs une production toujours plus vertueuse, plus durable, plus contrôlée, ce qui est légitime. Mais dans le même temps, on organise une concurrence internationale qui tire les prix vers le bas, on valide des accords commerciaux rejetés par une large partie de la population, et l’on empile des normes pensées loin du terrain. Le résultat est une agriculture qui travaille davantage pour simplement survivre, plutôt que pour construire un avenir transmissible.
La souveraineté alimentaire, une sécurité territoriale
La mobilisation actuelle rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’autonomie alimentaire n’est pas un slogan. C’est une sécurité. Quand un territoire de moyenne montagne perd son agriculture, il perd bien plus qu’une production. Il perd des familles, des emplois, des paysages entretenus, des savoir-faire et une capacité à rester habité toute l’année. L’agriculture conditionne directement la vitalité économique et sociale des villages.
Une alerte humaine avant d’être économique
Derrière les chiffres et les statistiques, il y a une réalité humaine difficile à ignorer. L’épuisement, l’isolement et la détresse frappent durement le monde agricole. Le nombre de suicides n’est pas un fait divers, c’est un signal d’alarme permanent. Quand celles et ceux qui nourrissent le pays n’arrivent plus à vivre dignement de leur travail, ce n’est pas un problème individuel. C’est un échec collectif.
Le retour nécessaire du pays réel
Cette mobilisation agricole s’inscrit dans une dynamique plus large : celle du retour du pays réel dans le débat public. Elle rejoint la nécessité de donner une place à la parole locale, à celles et ceux qui vivent et travaillent sur ces territoires de moyenne montagne, loin des centres de décision mais au cœur des réalités concrètes.
Elle invite aussi à revenir à l’essentiel et trouver sa place autrement. Non pas dans un repli nostalgique, mais dans une réconciliation entre travail, territoire et sens commun. Prendre soin de l’agriculture en moyenne montagne, c’est choisir la continuité plutôt que l’abandon, la cohérence plutôt que l’administration à distance.


